Littérature de nature

Pourquoi lire la nature ?

Lire nous permet de nous détendre, de rêver, de nous évader, d’explorer les contrées ou nous n’irons jamais… mais aussi de découvrir le monde naturel autrement, à travers les sensibilités de chacun des écrivains qui nous entraînent avec eux. 

En nous glissant dans les pas de ces auteurs, on appréhende la diversité des façons de sentir le monde. Peu à peu, on découvre que chacun d’entre nous porte en lui de multiples perceptions, plus ou moins développées, parfois dissimulées au fond de nous-même, et parfois un rien contradictoires. Qui n’est pas, à un degré ou à un autre, à la fois savant, chasseur, protecteur, paysan et poète ?

Cette expérience nous permet d’enrichir notre rapport à notre environnement pour « être au monde » d’une façon aussi pleine que possible.

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50 Livres à emmener sur une ile déserte

  • S’émerveiller 

D’abord, souvent depuis l’enfance, il y a l’émerveillement devant la beauté, la diversité de notre planète. Celui qui transmet le mieux cette flamme est sans doute John Muir, boulimique de nature, parcourant en tous sens les montagnes rocheuses, l’Amérique du nord et au-delà ; il en tire des textes extraordinaires d’enthousiasme et de curiosité, qui aident à éclairer le parcours de naturaliste et de protecteur de leur auteur.

    • John Muir, Souvenirs d’enfance et de jeunesse, Corti, 2004, coll. Domaine Romantique, 224 p
    • John Muir. Célébrations de la nature, José Corti, coll. Domaine Romantique, 2011, 349p.
  • Se frotter aux grands espaces

« Tu ne peux pas prétendre être dans la nature sauvage si y a pas un truc mauvais dans le coin qui peut te foncer dessus et te dévorer » dit Doug Peacock dans Un fou ordinaire d’Edward Abbey. Il y a, pour certains d’entre-nous, un bonheur profond à se frotter aux forces brutes de la nature. Edward Abbey nous entraîne avec lui dans les déserts de l’Ouest, avec des chroniques magnifiques (« Désert solitaire ») et des romans aussi militants que drôles (« Le gang de la clef à molette »). Ce personnage de légende repose aujourd’hui quelque part dans un de ses déserts adorés, en un lieu connu de ses seuls amis…  dont un autre écrivain, Doug Peacock, qui soigna son mal-être de vétéran du Viêtnam par le contact (très) rapproché avec les grizzlis.  

L’œuvre de ces amoureux fous du wilderness compose le cœur du Nature writing. Le cœur, mais pas la totalité, loin s’en faut !

    • Edward Abbey. Désert solitaire. Traduit par Jacques Mailhos. Galmeister – Nature Writing, 1968/2010. 344p.
    • Edward Abbey. 1984. Un fou ordinaire. Gallmeister. 2009. 248 p.
    • Edward Abbey. Le gang de la clef à molette – Gallmeister – 2006.
    • Rick Bass. Le livre de Yaak. Chronique du Montana. – Gallmeister – Nature Writing. Traduit de l’américain par Camille Fort-Cantoni. 1992/2007, 178p.
    • Bass Rick. Les derniers grizzlys. Gallmeister – Totem. 1995/2010. 258 p.
    • Doug Peacock. Mes années grizzlis – Albin Michel. Terres d’Amérique.– 1990/2000, 357 p.
    • Wallace Stegner – lettres pour un monde sauvage. Traduit de l’américain par Anatole Pons. Gallmeister. 2015. 188p.
    • John Vaillant. L’arbre d’or. Vie et mort d’un géant canadien. Les éditions Noir sur Blanc. Traduit par Valérie Legendre. 2006/2014. 333p.
  • Jouir des petites merveilles du monde naturel

Plongeons nous avec passion dans le wilderness, mais ne soyons pas dupes : « Les grands espaces donnent à ceux qui les contemplent l’illusoire sentiment de la possession du monde. » (Samivel)

Apprenons aussi à percevoir et à jouir de toutes les merveilles qui nous sont offertes sur le pas de notre porte. Ernst Jünger, grand écrivain allemand, raconte dans « Chasses subtiles » sa passion pour l’entomologie, et tout ce que lui inspire ses chères cicindèles. Samivel, peintre et écrivain de la montagne, visite dans « l’œil émerveillé » tous les plaisirs que nous procure la nature, des fonds marins à un simple bout de prés.

    • Ernst Jünger. Chasses subtiles (cité dans la préface de A/ Dillard)
    • Annie Dillard. Pèlerinage à Tinker Creek. Christian Bourgeois. Titres 112. 1974 / 2010. 393p.
    • L’Œil émerveillé ou la Nature comme spectacle. Essai, Albin Michel 1976 réédité. 2002. 238p.
  • Explorer le fond de nos émotions

Les poètes nous font percevoir tout ce que fait résonner au fond de nous-même le contact avec la nature.

« Je te hais, Océan ! tes bonds et tes tumultes,

Mon esprit les retrouve en lui (…) ».

Baudelaire explore les tourments de son âme ; Saint-John Perse est emporté par la puissance des grandes forces du monde (« Oiseau, de tous nos consanguins le plus ardent à vivre ») ; Francis Ponge attire notre regard sur la magie de toutes choses…

 

« Vivants
tout simplement –
moi et le coquelicot ! »

             Kabayashi Issa

En quelques syllabes, les grands auteurs de haïkus (Issa, Bashô…) nous font partager tout ce qu’a d’unique et d’universel chaque instant de notre contact avec le monde, nous incitant à affûter nos sens.

    • Maurice Coyaud. Tanka, Haïku, Renga – Le triangle magique. Architecture du verbe – Les belles lettres. 1996. 330 p.
    • Corine Atlan et Zéno Bianu. Anthologie du poème court japonais. Présentation, choix et traduction de. NRF, Poésie/Gallimard. 2004. 240p
    • Jim Harrison. 1985. Théorie et pratique des rivières. 10/18 Domaine étranger. 1994. 125 p.
    • Jean Morisset. L’homme de glace. Illustrations de René Derouin. Les éditions du Cidihca. 1995. 294p.
    • Saint John Perse. Œuvres complètes. Bibliothèque de la Pléiade. N°240. 1972. 1472p.
    • Francis Ponge. Le parti pris des choses, suivi de Proêmes. NRF. Poésie/Gallimar. 1926/99. 221 p.
    • Walt Whitman. Feuilles d’herbe. NRF. Poésie Gallimard. 1855/2007. 759 p.
  • Revenir sur terre

La nature, c’est d’abord un lieu de vie et des ressources, qu’il faut apprivoiser pour trouver abri et nourriture.  Bien des romanciers décrivent la confrontation séculaire des hommes et de leur environnement, faite de dureté, de fantasmagorie, et de moments d’harmonie plus ou moins fugitifs (Ramuz, Genevoix, Bosco…).

D’autres auteurs revisitent la nature nourricière de façon passionnante. Dan O’Brien nous fait partager son expérience de biologiste relançant l’élevage des bisons pour restaurer la grande prairie américaine (« Les bisons du cœur brisé », « Wild Idea »). Barabara Kingsolver met en scène dans « Un été prodigue » la confrontation des points de vue sur le retour des coyotes ou l’utilisation des pesticides ; dans un autre livre, elle raconte l’année pendant laquelle sa famille tente de s’approcher de l’autonomie alimentaire grâce à « Un jardin dans les Appalaches ».

    • Dan O’Brien. Les Bisons du Cœur-Brisé, mémoires, Éditions Au diable Vauvert, Collection “Littérature générale”, mai 2007, 363 pages.
    • Rick Bass. Colter – Christian Bourgois – 2001.
    • Henri Bosco Malicroix. 1948. Gallimard, 382 p.
    • Henri Bosco. L’enfant et la rivière. Folio. 1953. 155 p.
    • Maurice Genevoix. Tendre bestiaire. Plon. 1969. 310 p.
    • Jean Giono. L’homme qui plantait des arbres. 1953.
    • Sue Hubbell. Une année à la campagne. Préface de M. G. Le Clézio. Gallimard. 1988/ 1994. 252 p.
    • Barbara Kingsolver. Un été prodigue. Traduit par Guillemette Belleteste – Rivages poche – bibliothèque étrangère (n°468) – 2000/2004, 559p.
    • Barbara Kingsolver. Un jardin dans les Appalaches – Rivages – 2008.
    • Ramuz Charles Ferdinand. La grande peur dans la montagne. 1925/1968. Le livre de poche. 185 p.
  • Comprendre

Parmi les ouvrages que nous lisons pour apprendre, quelques-uns sont de véritables œuvres d’art. « Cette mer qui nous entoure » de Rachel Carson est sans doute en partie obsolète sur le plan scientifique, mais nous permet de saisir d’une façon unique l’essence de ce grand organisme vivant que l’on nomme « océans ». De son côté, Barry Lopez nous a offert avec « Rêves arctiques » le grand livre du Nord.

Aldo Leopold, biologiste et forestier, a livré avec son « Almanach d’un Comté des Sables », ce qui est peut-être le plus beau et le plus pertinent des livres sur la nature et sa préservation, remarquable par la combinaison de rigueur scientifique, de subjectivité assumée et d’une poésie magnifique.

    • Aldo Leopold. Almanach d’un comté des sables, suivi de Quelques croquis. Traduit de l’américain par Anna Gibson. Préface de JMG Le Clézio. Illustrations de Charles W. Schwartz – GF Flammarion – 1948/2000. 290p.
    • Rachel Carson. Printemps silencieux. Traduction de jean-François Gravrand, révisée par Baptiste Lanaspeze. Introduction d’Al Gore. Wilproject – Domaine sauvage, 1962/2009, 283p.
    • Rachel Carson. Cette mer qui nous entoure. Stock. Les livres de nature. 1950. 275 p.
    • Barry Lopez. Rêves arctiques. Albin Michel 1987, 401 p.
    • Adolph Murie. Un naturaliste en Alaska. New York Devin-Adair Company, 1961. 
    • Elisée Reclus. Histoire d’un ruisseau. Actes sud / Babel. 1869 / 1995. 213 p.
    • François Terrasson. La peur de la nature. Au plus profond de notre inconscient les vraies causes de la destruction de la nature. Sang de la terre. 1991, 192 p.
  • … oublier de se prendre trop au sérieux

Fort heureusement, tous les livres de nature ne nous incitent pas à nous prendre trop au sérieux. Bien des auteurs ont mis en scène de façon hilarante la maladresse de notre contact avec le monde sauvage : Jorn Riel, Kenneth Cook, Redmond O’Hanlon… Gerarld Durell, quant à lui, a passé sa vie à courir la planète pour préserver les animaux en voie de disparition, et il le raconte dans des livres délicieux.

    • Gerald Durrell. Le aye-aye et moi. Petite bibliothèque Payot. 1992. 238 p.
    • Gerald Durrell. Ma famille et autres animaux. Gallmeister. 1956 / 2007. 263 p.
    • Redmond O’Hanlon. Au cœur de Bornéo. Petite bibliothèque Payot / voyageurs. 1984/1988. 316 p.
    • Kenneth Cook. La vengeance du wombat et autres histoires du bush. Editions Autrement. 2008, 157 p.
    • Jorn Riel. Un gros bobard et autres racontars. 1986/2002. 10/18. 153 p.
  • Lire un peu français ?

En dehors des « livres de terroir », force est de constater que les écrivains de la nature sont surtout anglo-saxons, et rarement français. Question de sociologie ? Séparation regrettable entre la connaissance et l’émotion ?

Pourtant, quelques auteurs français ont produit de jolies pages sur le monde naturel… Romain Gary a écrit un roman magistral et précurseur sur la force et la fragilité de l’Afrique sauvage. Pascal Dessaint, auteur de polars sociaux et écolos, a produits de jolis petits livres de nature writing à la française. Claudie Gallay, avec Les Déferlantes, a écrit un roman dans lequel la mer et les oiseaux sont indissociables des humains qui les fréquentent.

    • Pascal Dessaint. L’appel de l’huître. Chroniques vertes et vagabondes. Rivages. 2009. 109 p.
    • Claudie Gallay. Les déferlantes. Le Rouergue. 522 p.
    • Romain Gary. Les racines du ciel. Folio. Gallimard 1956 / 1972. 512 p.
    • Sylvain Tesson. La panthère des neiges. NRF Gallimard. 2019. 167 p.
  • Faire corps avec la nature

Se sentir pleinement, au plus profond de soi, élément de la nature, parmi ses frères vivants. Savoir vraiment vivre en forêt, construire un canot en écorce et se nourrir de baies. Sentir dans son corps et son âme les forces primitives du monde sauvage, franchir les limites qui isolent les humains au sein du monde où ils sont censés vivre…

    • Domingo Cisneros. La guerre des fleurs. Codex Ferus. Traduit par Antoinette de Robien. Mémoire d’encrier. 2016. 155 p.
    • Gary Snyder. La pratique sauvage. Essais en liberté pour une nouvelle écologie. Traduits de l’américain par Olivier Delbard. Editions du Rocher. 1990/1999. 234 p.
    • Gary Snyder. Montagnes et Rivières sans fin. Traduit par Olivier Delbard. Editions du Rocher. 1996/2002. 186p.
    • Richard Wagamese. Starlight. Traduit de l’anglais par Christine Raguet. Zoe. 2018. 268 p.
  • Elargir l’horizon

Quelques auteurs nous font partager une vision large et passionnante, au-delà des genres ou des spécialités.

Henri David Thoreau a à la fois été un observateur, un contemplatif, un constructeur-cultivateur et un militant ; il en a tiré des milliers de pages, dont le fameux « Walden ou la vie dans les bois ». Il ressort de son œuvre une réflexion forte sur notre relation à la nature, posant notamment, bien avant que ce soit la mode la question de la simplicité volontaire.

Kenneth White, à travers une œuvre multiple – essais, récits et poésie –  invente la « géopoétique »,  une approche globale, théorique et pratique, de notre rapport au monde.

    • Ralph Waldo Emerson. La nature. 1836. Ed Allia. 2009. 94 p.
    • Robert Hainard. Le miracle d’être. Sang de la terre. Science et Nature. La pensée écologique. 1946-1997. 189 p.
    • Laure Morali. La route des vents. La Part Commune. 2015. 160 p.
    • Henry David Thoreau. Walden ou la vie dans les bois, essai, Éditions Flammarion, Collection “L’imaginaire”, Paris, 332 p.
    • Henri David Thoreau. Cap Cod. Imprimerie nationale éditions. 2000. 319 p.
    • Kenneth White. La route bleue. Le Mot et le Reste. 1983/2013. 152p.
    • Kenneth White. Le Plateau de l’Albatros. Introduction à la géopoétique. Grasset. 1994. 363 p.
 
Le parc national du Yosemite (Californie), créé grâce à l’action de John Muir. Photo Olivier Grunewald